En marge du G7 d’Évian, Emmanuel Macron préparerait un dîner privé dans la galerie des Glaces du château de Versailles pour retenir Donald Trump et peser sur les dossiers ukrainien et iranien.
Versailles comme décor de la diplomatie française
L’Élysée sort l’artillerie lourde. Pour tenter de conserver l’attention de Donald Trump lors du G7 qui se tient à Évian-les-Bains du 15 au 17 juin, Emmanuel Macron envisagerait d’organiser un dîner privé au château de Versailles le soir du 17 juin. L’information, rapportée par Politico et confirmée par deux responsables français, révèle une stratégie délibérée : éblouir le président américain avec le faste de la monarchie française pour mieux l’engager sur les sujets qui préoccupent l’Europe. Le cadre ne doit rien au hasard. La galerie des Glaces, symbole absolu du pouvoir et de la grandeur à la française, est perçue comme l’écrin idéal pour un tête-à-tête entre les deux dirigeants.
Trump, un président sensible aux démonstrations de prestige
La stratégie s’appuie sur un constat partagé par plusieurs capitales européennes : Donald Trump répond favorablement aux démonstrations de faste et de grandeur. Sa visite royale au château de Windsor, son dîner avec le roi et la reine des Pays-Bas lors du sommet de l’OTAN à La Haye l’an dernier sont autant de moments où le président américain a semblé sincèrement impressionné. « Il faut l’éblouir et lui faire la cour », a résumé un responsable européen cité par Politico. « Macron et lui ont déjà fait la tour Eiffel. Que reste-t-il, sinon la galerie des Glaces ? » Cette logique rappelle le déjeuner improvisé de Biarritz en 2019, où Macron avait réussi à désamorcer une menace de nouveaux droits de douane en recevant Trump dans les salons de l’Hôtel du Palais.
Un G7 préparé sur mesure pour éviter un départ prématuré
La France ne s’est pas contentée du décor. La date du sommet, initialement prévue le 14 juin, a été décalée pour permettre à Trump d’assister à des combats de MMA organisés autour de son 80e anniversaire à la Maison-Blanche. Un geste diplomatique fort, révélateur de l’effort consenti par Paris pour maintenir le président américain dans les meilleures dispositions. L’an dernier au Canada, Trump avait quitté le G7 prématurément, laissant ses alliés dans l’embarras. La France veut à tout prix éviter un nouveau scénario de ce type, d’autant que la présence du président américain à Évian n’était elle-même « à peu près confirmée » que récemment, selon une source proche de l’Élysée.
Ukraine et Iran, les enjeux au coeur du tête-à-tête
Si le cadre est spectaculaire, les enjeux sont, eux, d’une gravité réelle. Macron entend profiter de ce moment privilégié pour peser sur deux dossiers majeurs : la guerre en Ukraine et les conséquences économiques du conflit en Iran. Sur ces deux fronts, Trump s’est montré largement indifférent aux positions de ses alliés européens depuis son retour au pouvoir. Le président français a par ailleurs pris le risque d’inviter Volodymyr Zelensky au sommet, malgré les relations exécrables entre le dirigeant ukrainien et Trump. Une présence qui pourrait compliquer l’atmosphère générale du G7 si les deux hommes venaient à se croiser.
Un exercice périlleux malgré la mise en scène
La tâche s’annonce bien plus délicate qu’en 2019. En sept ans, Donald Trump a engagé une guerre commerciale mondiale, rompu avec plusieurs engagements multilatéraux et multiplié les coups de théâtre diplomatiques. Les fastes de Versailles pourront-ils suffire à l’infléchir sur des sujets où il a jusqu’ici refusé de bouger ? Rien n’est moins sûr. L’idée du dîner n’est d’ailleurs pas encore officiellement confirmée. « Tout est possible, il y a aussi un terrain de golf à Évian », a prudemment confié un proche du président à Politico. Une formule qui en dit long sur les marges de manoeuvre françaises : séduire, sans certitude d’être entendu.
La rédaction ICONIQ. Politique



