Emmanuel et Brigitte Macron ont posé leurs valises au Fort de Brégançon pour leur dernière villégiature officielle avant la fin du mandat présidentiel. Un rocher, une forteresse, un symbole de la République qui s’ouvre peu à peu au regard des Français.
Un îlot au cœur de la diplomatie française
Depuis l’été 2017, Emmanuel Macron a fait du Fort de Brégançon bien plus qu’une simple résidence de vacances. Perché sur un îlot rocheux culminant à 35 mètres au-dessus de la Méditerranée, dans la commune varoise de Bormes-les-Mimosas, ce fort militaire du XVIe siècle est devenu sous son mandat un véritable outil diplomatique. C’est ici qu’il a reçu Vladimir Poutine en août 2019, dans un tête-à-tête qui avait fait le tour du monde. C’est ici encore qu’il a accueilli le chancelier allemand Friedrich Merz en 2025 pour un conseil des ministres franco-allemand organisé en plein air, sur l’une des terrasses dominant la mer. La forteresse provençale, longtemps réservée au cercle intime du chef de l’État, s’est progressivement imposée comme une antichambre du pouvoir à ciel ouvert, où les grandes décisions européennes se prennent parfois entre deux cigales.

Une résidence officielle depuis 1968 ouverte aux curieux
Le Fort de Brégançon est la résidence estivale officielle des présidents de la République depuis 1968, date à laquelle Georges Pompidou en fit un lieu de villégiature présidentielle. Depuis, chaque locataire de l’Élysée y a laissé sa trace, de la décoration seventies commandée par Pompidou au designer Pierre Paulin, dont la banquette tricolore Amphys trône toujours dans le vestibule, jusqu’à la piscine hors-sol installée par les Macron en 2018 pour 34 000 euros, au milieu d’une controverse médiatique. Depuis 2014, à la suite d’une décision de François Hollande, le fort s’est ouvert au public en dehors des séjours présidentiels, sous conditions strictes. Visites guidées, groupes de vingt personnes maximum, réservations à prendre parfois six mois à l’avance. En 2025, quelque 3 500 visiteurs ont eu le privilège de franchir ces murs chargés d’histoire.

Bormes-les-Mimosas, au carrefour de la Méditerranée et du pouvoir
Nichée entre la plage de Cabasson et la presqu’île de Giens, dans le golfe de Giens, la commune de Bormes-les-Mimosas héberge chaque été la présidence de la République. L’îlot où se dresse la forteresse est relié au continent par une petite passerelle. De la plage publique, les baigneurs peuvent contempler la silhouette du fort depuis l’eau, ses tours arrondies, ses murs de pierre dorée et la végétation dense de pins qui l’entoure. Impossible d’en approcher davantage pendant les séjours présidentiels : la sécurité est maximale, le périmètre maritime contrôlé. Mais quelques semaines après le départ du couple Macron, l’Office de tourisme de Bormes-les-Mimosas reprendra les visites, avec son succès habituel. Le directeur David Goncalvès le confirme : la résidence présidentielle est l’activité la plus sollicitée de la commune, dans le top 5 en termes de billetterie et de chiffre d’affaires.

L’intérieur du fort, un mas provençal à la décoration présidentielle
Ceux qui ont franchi les remparts décrivent un intérieur qui a progressivement abandonné son austérité militaire pour adopter l’aspect d’un mas provençal cossu, sans ostentation excessive. Seul le salon tranche avec l’ambiance générale, grâce à sa décoration très seventies signée Pierre Paulin. En 2016, un partenariat avec le Mobilier national et le musée Fabre de Montpellier a enrichi les pièces de tableaux de Pierre Soulages, Hans Hartung ou Roger Bissière. Le bureau présidentiel reste le clou de la visite guidée. Équipé d’une table ovale pour les réunions et d’un grand écran pour les visioconférences, il rappelle aux visiteurs que la République ne prend jamais de congés. En 2020, des travaux de rénovation de la cuisine et de la salle de bains ont été engagés pour plusieurs millions d’euros, suscitant de nouvelles critiques sur le coût de la résidence officielle.
Un dernier été symbolique avant la passation de pouvoir
Ce séjour de 2026 revêt une dimension particulière. Emmanuel Macron arrive à Brégançon pour la dernière fois en tant que président en exercice, avant la fin de son mandat en mai 2027. Les médias rappellent qu’il y a façonné ses vacances comme un véritable laboratoire politique, mi-familial, mi-diplomatique, recevant ses proches comme des chefs d’État, organisant des conseils restreints entre deux baignades. Une exposition lui est d’ailleurs consacrée actuellement à la Maison Élysée à Paris, retraçant ses étés varois. Ce dernier passage à Brégançon cristallise les interrogations sur l’après-Macron : quel usage le prochain locataire de l’Élysée fera-t-il de ce fort chargé d’histoire, entre diplomatie informelle et villégiature républicaine ? La question est déjà dans les couloirs du pouvoir.
La rédaction ICONIQ. Politique

Laisser un commentaire