Jensen Huang était à Paris le 13 octobre. Le patron de NVIDIA a annoncé que son groupe entrait au capital de Doctolib en tant qu’actionnaire minoritaire. Derrière l’investissement, un objectif clair : accélérer l’IA en santé sur le sol européen.
Une entrée au capital discrète mais stratégique
Le montant de la prise de participation n’a pas été révélé. Jensen Huang a simplement confirmé que NVIDIA devenait actionnaire minoritaire de Doctolib lors de son passage dans la capitale française. Ce qui est certain, c’est que le partenariat va bien au-delà d’un simple investissement financier. NVIDIA s’engage à aider Doctolib à entraîner ses propres modèles d’intelligence artificielle directement en Europe, en fournissant l’infrastructure de calcul nécessaire. Une collaboration qui s’inscrit dans une relation déjà existante : Doctolib utilisait les technologies NVIDIA depuis plus d’un an avant cette annonce officielle. Le géant américain, valorisé à 5 433 milliards de dollars en Bourse, mise sur la plateforme française pour ancrer sa présence dans le secteur de la santé numérique européen.
Cent millions de patients au cœur de l’ambition IA
Doctolib, c’est aujourd’hui une base de 100 millions de patients à travers l’Europe. C’est ce capital de données et de confiance que NVIDIA veut mobiliser pour faire avancer l’IA médicale à grande échelle. La plateforme dispose déjà d’un assistant IA destiné aux patients, déployé auprès de 400 000 Français à ce jour. L’objectif affiché est de le rendre accessible à tous d’ici 2027. Au-delà de cet assistant, Doctolib prévoit de développer des outils d’aide à la décision clinique, conçus en collaboration avec des soignants et des hôpitaux européens. L’entreprise a également annoncé qu’elle prévoyait d’accélérer ses recrutements dans l’IA grâce à ce nouveau partenariat. La plateforme de rendez-vous médicaux veut devenir un acteur technologique à part entière, pas seulement un intermédiaire entre patients et professionnels de santé.

NVIDIA fait ses emplettes dans la French Tech
Doctolib n’est pas la seule start-up française dans le collimateur de Jensen Huang. NVIDIA investit simultanément dans trois autres pépites tricolores. Pigment, qui édite un logiciel de planification financière pour les entreprises, bénéficie également d’un apport du géant américain. Genesis AI, spécialisée dans les robots polyvalents, et Entalpic, qui conçoit de nouveaux matériaux à l’échelle atomique pour l’industrie des semi-conducteurs, complètent ce quatuor. Jensen Huang parle ouvertement de vouloir « lancer la révolution de l’intelligence artificielle en Europe ». Une formule ambitieuse, et une stratégie cohérente : investir dans des champions locaux pour accélérer l’adoption des puces NVIDIA à travers le continent.
La souveraineté européenne en débat
Le discours officiel met en avant la souveraineté numérique : des modèles d’IA entraînés en Europe, sur des données européennes, avec des règles européennes. Mais une contradiction s’impose d’emblée. Ces modèles tournent sur des puces NVIDIA, et l’investisseur est aussi le fournisseur. La situation n’est pas sans rappeler d’autres stratégies déjà observées du côté de NVIDIA : le groupe a investi 30 milliards de dollars dans OpenAI, son meilleur client pour les GPU, et a racheté Hugging Face pour 12,9 milliards de dollars. Dans chaque cas, la même logique s’applique. Financer l’écosystème, c’est aussi sécuriser les débouchés commerciaux. Pour Doctolib, l’enjeu est de tirer parti de cette puissance de calcul tout en préservant sa promesse d’une IA de santé souveraine et éthique, un équilibre difficile à tenir.
Une tournée européenne aux ambitions colossales
Paris n’est qu’une étape. Jensen Huang a annoncé 2 milliards de dollars d’investissements européens supplémentaires à venir d’ici une semaine. Ils viennent s’ajouter aux 8 milliards de dollars déjà placés sur le continent au cours des douze derniers mois. Après Paris, le patron de NVIDIA s’est dirigé vers Londres, puis Berlin, où il ouvrira la conférence GTC le 21 octobre prochain. C’est là que les prochains partenariats européens devraient être dévoilés. L’Europe s’impose comme un terrain de jeu stratégique pour NVIDIA, et la France, avec Doctolib en tête de liste, entend bien jouer un rôle central dans cette nouvelle géographie de l’IA mondiale.
La rédaction ICONIQ. Business

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